Nouveaux enjeux de la dette pour les pays en développement

Publié le: 18/03/26

Par: Ishac Diwan,  Melina London, Thomas Morgan,

Nouveaux défis liés à la dette pour les pays en développement : un assouplissement apparent, des fragilités persistantes

Leçons tirées des nouvelles statistiques de la Banque mondiale sur la dette internationale 2025

Photo by Ikrash Muhammad on Unsplash
Photo by Ikrash Muhammad on Unsplash

Avec la baisse des taux d'intérêt mondiaux et un accès renouvelé aux marchés obligataires internationaux, les pressions sur la dette extérieure dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) semblent s'être atténuées en 2024. Toutefois, cette reprise globale apparente masque une profonde hétérogénéité entre les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI), avec des trajectoires divergentes comportant des risques et des défis distincts qui seront accentués suite à l'éclatement de la guerre en Iran et au Moyen-Orient.

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Cette note différencie les pays selon deux dimensions : s’ils sont confrontés à un risque d’illiquidité systémique ou d’insolvabilité – évalué à l’aide du modèle de viabilité de la dette de FDL projetant les flux et les stocks jusqu’en 2030 – et s’ils ont accès aux marchés de capitaux internationaux, représenté par les émissions d’obligations libellées en devises étrangères en 2024 ou 2025.

À travers ces analyses, quatre principaux constats se dégagent.

  • Premièrement, l'accès au marché obligataire est devenu un facteur de sélectivité en matière de liquidités : les pays illiquides capables d'émettre des obligations à coupon élevé ont bénéficié d'un allègement à court terme et d'un retour à des transferts nets positifs, ou du moins moins négatifs, tandis que ceux qui n'y ont pas accès subissent des sorties de capitaux continues et des tensions budgétaires et de change croissantes.
  • Deuxièmement, cet allègement de liquidités a un coût élevé : des taux de coupon moyens de 7 à 10 % se traduisent par une hausse du service de la dette à moyen terme, situation aggravée par la hausse des coûts pour toutes les catégories de créanciers, y compris les institutions multilatérales. De plus, ces pays continuent de faire face à des pénuries de liquidités, ce qui réduit leur potentiel de croissance.
  • Troisièmement, le repli des créanciers privés et de la Chine est financé par des entrées de capitaux multilatérales qui sont absorbées par le service de la dette plutôt que par le financement d'investissements productifs, créant ainsi des fuites importantes, en particulier pour les pays illiquides n'ayant pas accès aux marchés obligataires. Par ailleurs, la hausse de la dette senior décourage les flux privés.
  • Quatrièmement, la crise de liquidités se traduit de plus en plus par une crise de change, ce qui nuit particulièrement à la croissance. Les pays insolvables atteignent le seuil de couverture des importations à trois mois fixé par le FMI, ce qui ne leur laisse aucune marge de manœuvre pour absorber les chocs. Les pays illiquides sans accès aux marchés affichent des réserves en baisse, signe d'une érosion progressive de leurs coussins de sécurité. Parmi les émetteurs d'euro-obligations, les positions de réserve semblent globalement plus solides, mais masquent une hétérogénéité importante, certains pays demeurant très vulnérables.

Bien que les données détaillées pour 2025 ne soient pas encore disponibles, des tendances similaires devraient se poursuivre, l'accès aux euro-obligations demeurant très sélectif et à un coût nettement supérieur aux moyennes historiques. Cette hétérogénéité entre les pays a des conséquences directes sur la conception des cadres de restructuration, le dimensionnement et le ciblage des financements concessionnels, ainsi que sur le calendrier des mesures politiques mises en œuvre face à l'illiquidité et à l'insolvabilité.

Net Transfers to different groups of LLMICs by debt and market access status
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